Le verre armé à grandes mailles et à petites mailles : conception, fabrication, performances et origine
Le verre armé est un vitrage de sécurité ancien, reconnaissable à son treillis métallique intégré dans l’épaisseur du verre. Il existe principalement en deux variantes : le verre armé à grandes mailles et le verre armé à petites mailles, qui se distinguent par la dimension du réseau métallique et leurs usages.
1. Conception du verre armé
Le verre armé est composé de :
verre moulé translucide, intégrant en son centre un treillis métallique (acier doux). Contrairement au verre feuilleté, le verre armé n’est pas un assemblage de couches collées, mais un verre monobloc dans lequel est noyé un réseau métallique lors de la fabrication.
a) Verre armé à grandes mailles
- Treillis métallique à mailles larges (environ 25 à 30 mm),
- Aspect plus graphique et industriel,
- Transparence plus importante.
b) Verre armé à petites mailles
- Treillis à mailles fines et serrées,
- Aspect plus diffus et plus homogène,
- Meilleure répartition des fragments en cas de casse.
Les deux types conservent le même principe structurel : le treillis empêche les morceaux de verre de tomber en cas de rupture.
2. Fabrication du verre armé
a) Fusion du verre
Le verre est obtenu par fusion de :
- sable siliceux,
- calcaire,
- soude.
Il est porté à une température d’environ 1 400 °C.
b) Incorporation du treillis métallique
Lors du laminage du verre en fusion :
le treillis d’acier est introduit mécaniquement dans la masse encore visqueuse, il est centré dans l’épaisseur du verre, puis le verre est aplani par des rouleaux.
c) Recuisson
Le verre armé est ensuite :
refroidi progressivement dans un four de recuisson (arche), afin d’éliminer les tensions internes.
Contrairement au verre feuilleté : il n’y a pas d’autoclave, ni de film plastique intercalaire, ni de collage.
3. Performances du verre armé
a) Sécurité en cas de casse
Le principal intérêt du verre armé est son comportement à la rupture : le verre se fissure, les fragments restent retenus par le treillis métallique, il limite la chute de morceaux dangereux.
Cependant : les éclats restent coupants, il n’est pas classé verre de sécurité pour les personnes selon les normes actuelles (EN 12600), contrairement au verre feuilleté.
b) Résistance mécanique
Résistance similaire à un verre ordinaire de même épaisseur, le treillis n’augmente pas fortement la résistance aux chocs, il améliore surtout la cohésion après rupture.
c) Comportement au feu
Le verre armé possède une bonne tenue au feu : le treillis limite l’effondrement du vitrage sous l’effet de la chaleur, il a longtemps été utilisé comme vitrage pare-flammes dans l’industrie et les bâtiments publics.
d) Transmission lumineuse
Le verre armé laisse passer la lumière, mais la trame métallique crée :
-
une diffusion visuelle,
-
une perte de transparence,
-
un aspect granuleux caractéristique.
Le verre armé à petites mailles diffuse davantage la lumière que celui à grandes mailles.
e) Isolation thermique et acoustique
Faibles performances thermiques (simple vitrage), Faibles performances acoustiques, il n’assure pas d’isolation moderne sans être intégré dans un double vitrage.
4. Domaines d’utilisation
Verre armé à grandes mailles
- Marquises anciennes,
- Verrières industrielles,
- Ateliers,
- Portes techniques,
- Bâtiments ferroviaires et entrepôts,
- Architecture patrimoniale.
Verre armé à petites mailles
- Escaliers et cages d’escalier,
- Cloisons vitrées industrielles,
- Locaux techniques,
- Verrières d’immeubles anciens,
- Châssis métalliques de style atelier.
Aujourd’hui, il est souvent remplacé par le verre feuilleté, mais reste recherché pour :
- la restauration du bâti ancien,
- son esthétique industrielle,
- son aspect rétro authentique.
5. Date de création et origine du verre armé
- Le verre armé apparaît à la fin du XIXᵉ siècle.
- Il est breveté en 1898 par l’ingénieur français François Hennebique, pionnier du béton armé, qui applique au verre le principe de l’armature métallique.
- Son développement est rapide au début du XXᵉ siècle, notamment pour :
- les usines,
- les gares,
- les écoles,
- les bâtiments administratifs,
où l’on cherche à limiter les risques d’effondrement des vitrages en cas d’incendie ou de choc. Il devient un matériau standard de l’architecture industrielle et urbaine jusqu’aux années 1960–1970.
Conclusion
- Le verre armé, qu’il soit à grandes mailles ou à petites mailles, est un vitrage emblématique de l’architecture industrielle et urbaine du XXᵉ siècle.
- Sa conception monobloc intégrant un treillis métallique lui confère :
- une cohésion après rupture,
- une bonne tenue au feu,
- une esthétique immédiatement identifiable.
Bien qu’il soit aujourd’hui techniquement dépassé par le verre feuilleté et le verre trempé, il conserve un intérêt patrimonial et décoratif majeur, notamment dans la restauration des verrières et marquises anciennes.


